Depuis l’émergence de la pandémie de Covid-19, l’importance du bien-être au travail et de la santé mentale a été largement reconnue. Est-il nécessaire de revoir les modalités de travail pour prévenir les cas de burnout ? Devrions-nous suivre l’exemple américain en introduisant des jours de congé pour la « santé mentale » afin de revitaliser nos forces ? La réponse n’est pas si évidente, selon deux experts en santé au travail.
« Cette initiative semble indiquer une prise de conscience et une attention croissante des entreprises pour la santé mentale, ce qui est confirmé par les études épidémiologiques », explique le Dr Frédéric Regamey, chef du département Santé en entreprise chez Unisanté. Cela semble positif en principe, car d’après une recherche du Secrétariat d’État à l’économie, 39% des travailleurs actifs en Suisse en 2018 se sentaient fatigués à cause de leur travail.[1]
Sommaire
Un geste symbolique ?
On pourrait penser que les entreprises devraient veiller à la santé mentale de leurs salariés en leur offrant des jours supplémentaires pour se déconnecter et revenir au travail revigorés. « Bien sûr, je suis toujours pour qu’on ait plus de jours de congé ! Cependant, il est crucial de comprendre les motivations derrière une telle mesure », modère Nadia Droz, psychologue spécialisée en santé au travail. « Est-ce un moyen pour les entreprises de se décharger de leurs responsabilités ? », s’interroge-t-elle. En effet, il est essentiel d’aborder les causes du malaise au travail pour y répondre efficacement.
Le Dr Regamey partage cette réserve, soulignant l’importance de s’intéresser aux risques psychosociaux, c’est-à-dire aux facteurs liés à l’organisation du travail et aux conditions d’emploi, qui affectent la santé mentale et physique des employés (voir encadré). « Une mesure telle que le congé de santé mentale risque de personnaliser un problème qui est en réalité collectif. Cela peut donner l’impression de légitimer des conditions de travail précaires par l’offre de jours de congé. C’est comparable aux entreprises qui proposent des formations individuelles sur la gestion du stress, alors que l’environnement de travail lui-même est problématique, comme si le stress ne provenait que des employés. »
Risque de stigmatisation
Un autre souci concernant cette mesure, d’après nos spécialistes, est qu’elle peut stigmatiser ceux qui en bénéficient. « Annoncer que l’on prend un congé pour santé mentale pourrait suggérer une certaine fragilité », affirme le Dr Regamey. Nadia Droz partage cette préoccupation, estimant qu’un tel congé pourrait être difficile à gérer pour les employés. « Cela ressemble un peu au congé menstruel introduit notamment au Japon, une excellente idée en théorie, mais rarement utilisé car les employées craignent d’être perçues comme paresseuses. Peut-être pourrait-on envisager un congé « joker » que l’on pourrait prendre sans avoir à justifier la raison ? », propose la psychologue.
Des solutions structurelles
Pour combattre la souffrance au travail, des jours de congé pourraient être utiles, mais ils ne sont pas suffisants. Selon le Dr Regamey, il est essentiel de revoir les conditions de travail. « Il est crucial d’établir une culture permettant de discuter de l’organisation du travail avec les employés, d’identifier les risques pour la santé et de prendre des mesures préventives dans une démarche collective et participative. Il est particulièrement important de sensibiliser la direction et de former les cadres. Discuter d’un congé ne suffit pas, c’est le dialogue au sein de l’entreprise qui est préventif, le processus est déjà en lui-même une solution. »
Nadia Droz résume la situation en une phrase : « Il faut repenser le travail de façon à ce qu’il soit salutogène, c’est-à-dire qu’il contribue à préserver ou même à améliorer la santé. Car si travailler c’est la santé, cela doit être vrai tout en restant en bonne santé, dans une entreprise qui prend soin de ses employés. »
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[1] https://www.seco.admin.ch/seco/fr/home/Publikationen_Dienstleistungen/Publikationen_und_Formulare/Arbeit/Arbeitsbedingungen/Studien_und_Berichte/studie_arbeitsbedingter_stress_2005_2009.html
[2] https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/sante/determinants/conditions-travail.html
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